seul physicien canadien-français du projet Manhattan
Pierre Demers : parcours et carrière scientifique
Né le 8 novembre 1914 à Deal, en Angleterre, Pierre Demers est issu d’une famille canadienne-française aisée. Son père, Alfred Demers, investisseur et admirateur de la culture française, s’était installé en Europe peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, ce qui explique la naissance de son fils au Royaume-Uni.
Pierre Demers effectue ses études primaires en France, à Paris, Cannes et Grasse, avant de revenir à Montréal. Il poursuit son cours classique aux collèges Sainte-Marie et Jean-de-Brébeuf de 1925 à 1933.
Très tôt attiré par les sciences, il réalise dès son adolescence des recherches en biologie marine à la Station de biologie marine de l’Université Laval. Ses travaux sur la reproduction des crevettes lui valent ses premières communications scientifiques à l’ACFAS. Passionné de botanique, il collabore également avec le frère Marie-Victorin.
Entre 1933 et 1938, il étudie à l’Université de Montréal, où il obtient une licence en sciences physiques, une licence en sciences mathématiques et une maîtrise en chimie. Grâce à une bourse, il poursuit ensuite sa formation à Paris à l’École normale supérieure, devenant le premier étranger à obtenir le titre d’agrégé de l’Université de France en sciences physiques.
En 1939, il rejoint le Laboratoire de synthèse atomique du Collège de France sous la direction de Frédéric Joliot-Curie. L’invasion allemande l’oblige toutefois à revenir au Québec en 1940. Après un passage dans l’industrie, il participe aux recherches nucléaires canadiennes à Montréal et à Chalk River, où il travaille sur les neutrons. Ses travaux contribuent indirectement au projet Manhattan, notamment par le perfectionnement de techniques d’ionographie.
De retour à l’Université de Montréal, il obtient en 1950 un doctorat d’État de l’Université de Paris et devient professeur titulaire. Jusqu’à sa retraite en 1980, il forme des milliers d’étudiants, dont l’astrophysicien Hubert Reeves, et dirige de nombreux chercheurs.
L’ionographie corpusculaire constitue le cœur de ses recherches pendant plus de trente ans. Cette technique, qui utilise des émulsions photographiques pour étudier les particules subatomiques, lui permet de contribuer à la physique nucléaire, à l’étude des rayons cosmiques et à l’amélioration des méthodes expérimentales. Il participe notamment à la caractérisation du cycle du thorium, qui mène à la production d’uranium‑233.
À partir des années 1970, l’essor des détecteurs électroniques rend progressivement l’ionographie désuète. Pierre Demers réoriente alors ses recherches vers d’autres domaines, notamment la perception des couleurs et le système du québécium.
